J'ai un message pour vous...Ils sont venus me voir pour vous délivrez leur dernier message.je vous plonge dans l'univers de l'au-delà
Dimanche 2 septembre
Il est 23h30, l’appartement est calme, les enfants dorment déjà depuis trois heures, ma femme vient de s’endormir et moi comme certains soirs j’attends le sommeil, alors j’essaie de m’occuper : un jeu sur l’ordinateur, puis la fin d’un film à la télévision mais toujours aucun signe de fatigue. Alors je sais que ce soir sera encore comme ces soirs où ils attendent. Où ils m’attendent... Eux, ceux qui me parlent, me racontent leur histoire et qui attendent que je vous livre leur message. Cela fait trop longtemps que je les garde pour moi, ils ont raison : il faut que je vous les délivre au fur et à mesure de leur visite, pour qu’enfin je recouvre un sommeil paisible.
Je ne les vois pas mais je les sens, ils sont autour de moi. Qui sera le premier ? Combien pourront me raconter leur histoire avant que le sommeil ne m’emporte ?
Alors pour ne plus les faire patienter, je m’installe dans le lit sans trop faire de bruits pour éviter que ma femme ne vienne perturber leurs confessions.
Ce soir, c’est Lucie qui ouvre la séance, c’est la deuxième fois qu’elle vient me voir : lors de notre premier contact, elle n’avait pas pu commencé son histoire car les pleurs d’une de mes filles qui venait de faire un cauchemar, l’ont effrayée.
Ce soir, elle va, enfin, pouvoir me livrer son message.
« Je m’appelle Lucie, je grandissais dans une belle maison à la campagne, j’adore les animaux, j’avais même un petit lapin qui s’appelait Freezbee, c’était ma petite mascotte. Dans notre jardin papa avait construit une petite cabane dans un vieux chêne et je passais beaucoup de temps dans cette cachette accompagnée de Freezbee et de Théo mon petit frère.
Théo est une petite peste, maman lui donnait presque toujours raison même quand c’était lui qui faisait des bêtises, je trouvais maman injuste mais elle n’était pas méchante, elle était belle, ma maman, elle a de grands yeux bleus et moi j’ai eu les mêmes qu’elle ; elle est grande, je suis sûre que je lui aurais ressemblée si… Elle avait une voix douce et pour nous parler elle se mettait presque toujours accroupie, elle nous disait que c’était un respect pour les enfants de parler à leur hauteur.
Elle travaillait dans un petit commerce, elle vendait des objets venus du monde entier et même qu’elle nous disait que parfois en les regardant, elle imaginait le pays d’origine, elle est très intelligente, elle ne travaillait jamais le mercredi, elle avait réservé cette journée rien que pour nous, elle nous répétait que mon frère et moi, nous étions ses plus beaux joyaux.
J’aimais l’entendre rire avec papa. Papa avait un rire bruyant, je suis sûre que les voisins l’entendaient malgré que leur maison se trouvait au bout du chemin. Papa est plus petit que maman, cela m’ a toujours fait rire et mes copines au collège le trouvaient très beau, il avait un regard doux et jamais il m’a mis une fessé, ce n’est pas comme le papa de Jenifer qui la battait, elle avait même eu des bleus aux bras un jour, quand je l’avais dit à papa, il m’avait répondu que les adultes avaient parfois des gestes méprisables mais que ça ne voulait pas dire qu’il ne l’aimait pas. Moi, je disais qu’il était méchant son père ! Papa trouvait toujours des mots gentils même pour les méchants de la télévision, maman disait qu’il avait un trop grand cœur.
Papa travaillait à la pompe à essence, il nous racontait tous les soirs sa journée : toutes les personnes un peu étranges qu’il avait rencontrées. Il était apprécié de ses clients, lui aussi avait pris son mercredi après-midi pour que toute la famille soit réunie, il trouvait que nous grandissions trop vite et que chaque minute passée avec nous lui procurait plein de joie.
Il jouait un peu plus avec Théo, c’est normal c’est un garçon !
Théo a quatre ans de moins que moi, mes copines et moi, on l’appelait « p’tite boule » car il était petit et il avait de grosses joues, il n’aimait pas quand on l’appelait comme ça, il nous courrait après pour nous cracher dessus.
Théo n’avais plus le droit de monter dans la cabane car une fois il était tombé et il avait eu le bras cassé, je sais bien que papa m’en avait voulu cette fois-là car il m’avait dit de le surveiller, que les grandes sœurs devaient protéger leur petit frère et pendant les deux jours qui ont suivi il ne m’avait pas beaucoup parlé, puis après tout est revenu comme avant. N’empêche que c’était pas de ma faute car Théo voulait me prendre une poupée dans la cabane et c’est quand il est descendu qu’il est tombé, il voulait se dépêcher pour pas que je le rattrape.
Il n’y avait pas que des chamailleries entre mon frère et moi, nous étions complices surtout quand les périodes de fêtes arrivaient, depuis qu’on ne croyait plus au Père-Noël, nos parents avaient décidé de choisir nos cadeaux dans le grand magasin, là il n’y avait plus de dispute, aussitôt nous étions dans la voiture, sages et impatients.
Moi j’avais beaucoup de chance car mon anniversaire était quelques jours après Noël : c’était le double de cadeaux pour moi !
Enfin ce jour des achats était arrivé en ce mercredi de début décembre, papa, maman, Théo et moi allions rayon par rayon admirer tous ces beaux jouets, bien-sûr moi, je savais déjà ce que je voulais : j’avais pris soin de découper dans le catalogue qu’on avait reçu à la maison, certains jouets qui avaient attiré mon attention.
Çà y est, on était arrivé ! Théo commençait à vouloir tout prendre, à chaque pas il trouvait un nouveau jouet ! Ah, il commençait à m’agacer ! Moi, je voulais aller directement au rayon des filles mais maman tenait à ce qu’on soit patient et on devait commencer par le plus petit, alors je me refaisais ma liste dans ma tête quand je me suis aperçue que j’avais oublié mes jouets découpés dans le catalogue dans la voiture. En plus, on arrivait dans mes rayons alors vite j’ai demandé à maman les clés de la voiture pour aller chercher mes images. Je voyais bien que maman était en colère après moi, je lui promis de faire très vite.
Je n’avais qu’une seule pensée : revenir rapidement au magasin pour admirer mes jolis jouets. Je ne pensais à rien d’autre, c’est là que j’ai entendu ces grincements, puis il y a eu un énorme bruit, tout autour de moi tremblait, je croyais que c’était un tremblement de terre puis il y a eu cette très grande douleur mais elle n’a duré que très peu de temps et après plus rien.
Je n’ai pas compris ce qu’il s’était passé à ce moment là.
Puis, j’ai pu voir la scène de l’accident en spectatrice et suivre ce qui s’est passé après ma mort.
Mes parents ont été appelés à l’accueil du magasin, l’hôtesse était en larmes, mon père avait les yeux braqués sur les gyrophares de l’ambulance des pompiers, il avait compris aussitôt ce qu’il s’était passé. On aurait dit une statue : il ne bougeait plus, même pas un cil.
Ce cri qui perça tout le brouhaha du magasin était celui de ma maman. Elle accoura sur les lieux en suppliant le Seigneur d’épargner sa petite fille. Ma petite maman, il était déjà trop tard. Le temps ne compte plus où je suis maintenant.
Si je viens vous rendre visite ce soir, c’est que j’ai un message pour vous car depuis ce tragique fait divers, mes parents ont divorcé : mon père avait accusé ma mère de cet accident, puis les jours suivants le climat était devenu très tendu, mon petit frère faisait cauchemar sur cauchemar, maman dormait dans la chambre de Théo pour le rassurer et papa dormait dans mon lit. Après plusieurs mois, ils ont déménagé : papa seul de son coté et maman avec Théo.
Cela fait deux ans que je suis morte et papa n’a jamais repris contact avec maman et il n’a pas voulu voir Théo. Quant à maman, elle prend des cachets pour oublier et elle ne ressemble plus à la jolie maman que j’avais et mon petit frère est devenu un petit voyou sans aucune autorité parental.
Je veux juste dire à maman que ce n’est pas de sa faute, j’ai traversé sans regarder et je n’ai pas emprunté le passage pour les piétons comme elle me le répétait souvent. Ce n’est pas ta faute maman, je veux que tu reprennes goût à la vie car je suis là à veiller sur vous.
Papa, maman a besoin de toi, je sais que je te manque chaque jour que Dieu fait mais rien ne pourra me faire revenir et Théo a besoin de son papa alors vas rejoindre ceux que tu as laissés, ceux que tu aimes, vas mon papa les aider et sache que je resterai toujours ton petit ange.
Je vous aime
Lucie.
Merci à vous pour ce message. »
Le sommeil m’a enfin rattrapé et demain une nouvelle journée m’attend.
Je ne sais pas quand, mais je sais que je serai amener à vous dire de nouvelles fois que j’ai un message pour vous.
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Jeudi 6 septembre
Je ne vais pas vous faire attendre plus longtemps, voici une nouvelle histoire, un nouveau message.
« Moi, j’suis Robert, ma vie à moi, elle n’a jamais été bien rose plutôt rouge que rose d’abord ! Quand je dis rouge c’est pas du sang que j’cause, c’est l’pinard, j’sais bien que les m’sieurs-dames ne comprennent pas mais c’est qui sont jamais mis à coté d’nous sur l’carton pour savoir c’qu’on foutait là !
Moi, j’ai été marié à une bon’femme qui me méritait pas, faut pas croire j’buvais pas au début, je travaillais à la ville, c’est qui faisait chaud sous le soleil le balai à la main, mais c’était de l’eau à l’époque aux heures d’boulot, après on se r’trouvait entre gars du balai pour s’en lécher une, mais ça f’sait pas d’nous des ivrognes.
Elle était bien contente de bouffer mon pognon l’autre pin-up, elle avait toujours des belles tenues sur le cul et moi j’ traînais en bleu, j’sais même pas pourquoi elle a voulu de moi, celle là !
Pis, y a tout qu’a déraillé, c’était en été 80, elle est partie avec un pince-cul du quartier, c’est clair qu’il avait du pognon l’gars ! Encore heureux qu’on n’ait point fait d’gosse.
Elle m’a tout pris la ******, les meubles de mes parents que j’avais eu à leur mort, les économies qu’on avait placé sur un compte pour que ça rapporte, moi j’me suis r’trouvé avec mes culottes et mes bleus d’travail, alors j’suis parti avec l’peu d’affaires, j’n’ai pas voulu rester dans la maison ni retourner au boulot.
J’suis parti à la grande ville pour oublier, mes malheureux francs en poches se sont vite épuisés et ç’est là que j’ai connu mon grand ami Émile, mon bon vieux pote Milou, il avait une sacrée descente, y en n’a pas beaucoup qui pouvait l’coucher l’Milou.
Il a mis longtemps avant de m’raconter son histoire, pis un soir il s’est ouvert comme un bouquin c’est là que j’ai su qu’on s’rait amis jusqu'à la fin, lui il avait fait d’la prison pour avoir planté un mec qui n’voulait pas lui donner du fric ; après avoir séjourné au frais il était ressorti comme neuf il avait même eu du boulot puis y a eu l’usine qu’a fermé et Milou n’avait pu d’quoi payer son loyer il est parti avec juste un parapluie et sa vie de rue a commencé comme ça , j’suis sûr qu’il m’avait caché un peu de sa vie mais j’voulais pas remuer le passé alors on n’avait jamais pu en reparler, d’sa vie.
C’est à ce moment-là que j’suis passé du coté d’ceux qu’on r’garde pu, la honte de la société qui disent ceux qu’ont des grosses bagnoles, y connaissent pas la misère, y ont des cuillères en argent dans l’bec, nous c’est l’litron qu’on a et ç’est bien un réconfort parc’que ça n’a pas été facile tous les jours : qu’il fasse du vent, qu’il pisse la flotte ou qu’il fasse très froid y avait pas d’toit pour nous. On n’allait pas aller s’faire voler nos affaires dans leurs refuges à ivrognes, non nous on avait une certaine classe et oui même pour des clodos on avait des principes mon vieux Milou et moi : déjà pas d’bonne femme avec nous ça s’était clairement dit, puis on avait dit qu’on mendiait pas l’dimanche, on voulait pas que l’bon Dieu nous engueule quand on s’rait là-haut, pis jamais on d’mandait la pièce, y a qu’quand l’Milou sortait son harmonica et c’est les gens qu’aimaient bien sa musique qui donnaient la pièce.
Ça nous a bien dépanné plus d’une fois surtout quand il f’sait très froid, ça m’rappelle que, vous savez ben les magasins, y n’ont pas toujours été gentils y voulaient même pas qu’on prennent les cartons qui partaient à la poubelle et ben pour pas qu’on les prennent ils les coupaient en morceaux avec des cutters, on sait bien on l’savait vu faire une fois. Moi j’dis que c’est entretenir la misère, y n’ont point d’cœur ces gens-là ! J’leur espère pas d’connaître la rue un jour.
Moi, j’ai dû m’faire aux dures lois de la rue vite-fait parce qu’entre clodos faut pas croire y a des clans aussi et si on peut t’chopper ta chopine, quitte à te foutre sur la gueule ben y a pas d’pitié. Y a l’Milou qu’avait reçu une caillasse dans la tête par le vieux Lulu, tout ça parce qu’on voulait pas donné not’sandwich qu’on avait trouvé dans la poubelle d’l’a maison d’en face à son clébard. Mon Milou y pissait l’sang, c’est qu’il voulait pas aller s’soigner, y voulait pas qu’on l’enferme après dans un centre ou une autre connerie dans l’genre ! C’est moi qui l’a guérit avec un bout d’mon pantalon, j’lui avait fait un bandeau autour d’la tête, il n’a pas été bien pendant plusieurs jour pis y s’est remis.
J’n’arrivais pas à lui donner un âge à ce vieux fossile, y d’vait être au moins dix ans plus que moi.
Vous savez, on s’voit pas sombrer, on n’se voit pas dépérir, on a même plus la notion du temps : on sait quand il fait chaud et on sait quand il fait froid, c’est tout. Plus l’temps passe, plus l’alcool se noie dans l’sang ou c’est p’tre ben l’contraire y a des fois ! Pis, y a les gens qui vous r’gardent de plus en plus mal parc’que nous, on peut pas remplacer nos vieilles guenilles alors on bouge de moins en moins et on se réchauffe de plus en plus avec notre liquide miracle.
Et y a eu ce fameux grand froid, y’avait bien les m’sieurs les pompiers qui voulaient nous embarquer, ils avaient peur à notre santé qu’ils disaient mais nous, on voulait pas bouger alors y voulaient nous donner la soupe chaude, y avaient même pas d’pinard chaud ben on s’contentait. Pis, j’commençais à tousser j’ai ben vu qu’mon ami Milou y me r’gardait inquiet mais j’lui disais qu’ça allait passé, les jours d’grand froid n’arrêtaient pas, j’crois même qui f’sait de plus en plus froid, mon vieux roublard y m’couvrait d’cartons et y s’mettait dessus pour essayer de m’tenir chaud mais ma carcasse voulait pas s’réchauffer pis la toux était de plus en plus forte. L’Milou avait ben vu qu’y avait même du sang quand j’toussais c’est la première fois qui voulait mettre les pieds dans un hôpital, c’était pour m’emmener, mais c’était dans not’code de clodos : pas d’hosto, on avait dit ! Pis, j’lui avais promis qu’demain, j’me lèverai pour m’dégourdir les pattes, ça nous réchaufferait un peu. Il avait bien compris mon vieux copain : il nous avait fait une p’tite cabane avec les cartons puis y s’était accroché à moi pour m’tenir chaud, ben ça avait marché car dans la nuit je n’sentais plus l’froid et quand j’ai voulu l’dire à Milou, ben j’n’étais plus au bon endroit, ç’est là qu’j’lai vu mon Milou agrippé à mon corps, y dormait pas, y savait bien que j’l’avais laissé tombé, il est resté toute la journée qui a suivi à côté d’mon corps froid et ç’est bien la première fois que j’l’ai vu pleuré ce vieux gaillard ! Ben c’est que j’étais devenu sa seule famille pendant tout c’temps et maintenant y devrait se passer d’moi.
Moi, l’message qu’j’veux faire passer c’est que si vous voyez un vieux clodo jouer de l’harmonica avec un vieux parapluie et ben donnez-lui une p’tite pièce m’sieurs-dames car c’gars-là ben c’ était mon ami et ç’est l’seul qui va s’recueillir tous les jours où ma carcasse a été ensevelie. J’sais bien qu’personne prendra l’temps d’lui lire ces mots mais il sait que j’veille sur lui.
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Lundi 10 septembre
« Bénédicte, c’est mon prénom. Moi, ma vie a été si douce , si calme , pleine d’amour, est-ce vrai que le bonheur n’est pas fait pour durer ? C’est à vous que je pose la question !
Moi, je me croyais à l’abri de tous dangers : petite j’ai eu des parents aimants, étant fille unique je pouvais avoir l’exclusivité de tous ceux qui m’entouraient, alors je peux dire, oui mon enfance était digne d’un conte de fée.
A l’adolescence je n’ai pas été une enfant capricieuse et mes parents m’en ont toujours félicité, j’avais fait de mes études une priorité c’est pour cela que j’ai pu avoir une profession dont j’étais très fière : après plusieurs années de travail acharné, je suis devenue psychologue pour enfant. Pour moi, travailler avec les enfants était fondamental.
Puis l’amour est venu frapper à ma porte, des regards qui se croisent, des mains qui se frôlent, des sourires et peu à peu nos deux corps se sont rapprochés. Lui, il venait également d’un foyer aisé et nos vies se ressemblaient à si confondre : il était également fils unique, il était éducateur spécialisé pour les adolescents en difficultés, nos deux professions étaient complémentaires, nous avions les mêmes idéaux.
Un an après notre rencontre, nous avions annoncé à nos familles respectives nos fiançailles, la joie était dans les deux familles, nous n’avions qu’une année pour préparer un mariage féerique ! Une année, ce n’est rien, pensez à demain, puis tournez-vous et une année est déjà passée ! Le temps, c’est le temps qui a été mon premier ennemi : après le mariage qui fut magnifique la machine du temps s’est mise à la vitesse supérieur et dix années se sont passées sans qu’on s’en aperçoive car nos professions nous prenaient énormément de temps. Puis, il y a eu cette mission qu’on m’a proposée : partir six mois en Afrique pour aider les enfants d’un orphelinat. Sans aucune hésitation, j’étais déjà dans l’avion et ce qui me transportait de bonheur c’est que mon époux faisait parti de l’expédition. Quel bonheur quand on peut trouver l’homme qui comprenne et partage tous vos souhaits, vos désirs ! Notre amour était idyllique.
Arrivés en Afrique, à la vue de tout ce malheur : la faim, la maladie, leurs conditions de vie, c’est à ce moment là qu’on s’était rendu compte du privilège dont on peut bénéficier dans certaines parties du globe et ces pauvres enfants qui ne connaîtront pour la plupart qu’une survie et non une vie.
J’ai beaucoup appris pendant ces six mois et de retour en France, nous avions décidé de fonder une famille, depuis toutes ces années on s’était occupé des enfants des autres mais nous avions oublié de construire notre propre famille, alors on s’était décidé : je me suis pris un congé d’un an le temps de faire une petite merveille, mais malheureusement les mois sont passés trop vite ! Ah, le temps… Les derniers grains du sablier de l’année s’étaient écoulés et toujours pas de grossesse en vue, je commençais à douter : peut-être avions-nous trop attendu ! Puis, l’impatience a fait place à l’inquiétude : deux puis trois ans à essayer de faire un enfant mais rien ! Les amis qui nous entouraient et nous soutenaient, pensaient qu’on pensait trop à cette grossesse, ce qui semblait mettre une trop grande pression psychique, alors on s’était replongé dans notre travail ne comptant plus les heures. Les jours, les mois puis les années se sont succédés et comme tout arrive à ceux qui savent attendre, j’appris la veille de mes 45 ans que j’étais enceinte, moi qui n’y croyais plus ! Moi qui m’étais résignée à regarder et chérir les enfants des autres et bien non, j’allais devenir maman et même si mon corps avait subi les caprices du temps et bien j’étais prête à mettre ce bébé au monde, l’annonce de cette grossesse à mon mari fut une effusion de joie, de pleurs, il était transporté de bonheur, on était conscients qu’on ne serait pas de « jeunes » parents mais ça ne ferait pas de nous des mauvais parents pour autant surtout avec notre expérience auprès des enfants.
Nos parents respectifs n’y croyaient plus, la joie était visible sur tous les visages : ils allaient enfin devenir grand-parents, on avait fêté en grandes pompes cet inattendu, cet inespéré cadeau du ciel.
Tout au fond de moi, j’avais un peu peur du premier trimestre , je n’aurais pas supporté de faire une fausse couche, j’ai compté chaque jour et les trois mois se sont merveilleusement bien passés ! Je ne mettais jamais sentie aussi bien , puis ce fut l’échographie où on allait enfin savoir qui se cachait à l’intérieur, le sourire en coin le gynéco s’adressa à mon mari en lui demandant ce qu’il espérait, lequel avait répondu un bébé en bonne santé, mais un fils serait la cerise sur le gâteau et avec un clin d’œil le gynéco rétorqua : « Et bien, vous allez l’avoir votre cerise ! »
Mon mari m’avait couvert de baisers, on aurait un fils, il se portait à merveille ! En fin de grossesse, le gynéco me demanda de garder le lit le plus souvent possible car je me sentais très fatiguée ce qui était normal je n’avais plus vingt ans !
Je pense que c’est le neuvième mois qui m’ a semblé le plus long, le petit coquin ne m’épargnait pas, il me donnait des coups à chaque instant, « ça sera un petit nerveux », disait mon mari et je lui répondais qu’on aurait beaucoup d’occupations à lui courir après.
L’accouchement était prévu dans une semaine mais le bambin en avait décidé autrement : les premières contractions sont arrivées à une heure du matin. Je prenais mon temps comme me l’avait demandé mon gynécologue : « Pas de précipitations, juste du calcul ! » m’avait-il dit, alors je comptais les contractions. Le seul problème, c’est que tout allait beaucoup trop vite et les douleurs devenaient insupportables. Mon mari appela en urgence l’ambulance puis quand il souleva le drap, j’ai vu son regard, il était effrayé. Il avait beau essayer de me rassurer, il y avait quelque chose qui ne se passait pas normalement : quand je me suis penchée, j’ai vu cette marre de sang qui tâchait les draps. J’étais prise de panique, des angoisses commençaient à se manifester, heureusement le médecin arriva tout de suite. Il constata que le travail était déjà bien avancé et qu’il serait impossible de me transporter à l hôpital. Les regards étaient tous braqués dans ma direction, la tension dans la pièce atteignait son paroxysme. A chaque fois que le médecin me demandait de pousser, je sentais mon corps se vider du peu de forces qu’il me restait. Il me demanda un gros dernier effort et je l’ai entendu crier, enfin il était là ! Il pleurait ! Mon fils était né et les rires de mon mari couvraient les pleurs du nouveau-né. Du bout des doigts, je lui ai touché la joue en lui souhaitant la bienvenue à mon petit garçon puis mon bras retomba sans force.
La chambre comptait une vie de moins. Mon mari s’aperçut quelques minutes plus tard de ce qu’il venait de se passer : il me tendait le bébé pour que je le tienne, il ne comprenait pas mon immobilité. Il partit avec le bébé dans l’ambulance comme si j’allais les suivre, je pense qu’il ne voulait surtout pas réfléchir et surtout ne pas admettre que le pire était arrivé. Je l’ai vu à la maternité : le médecin a essayé de lui faire comprendre mais il niait tout, il lui avait dit que je n’allais pas tarder ; qu’il m’attendrait dans la salle d’attendre. Un psy fut appelé et lui expliqua la situation mais rien à faire son cerveau ne voulait pas enregistrer la vision de mon corps sur le lit la dernière fois où il m’avait vue. C’est au bout de longues heures qu’il s’écroula épuisé.
Mon pauvre époux ! Il a élevé tout seul notre fils, il n’a pas refait sa vie, il s’est dévoué entièrement à l’éducation de notre enfant.
Aujourd’hui, mon message est pour mon fils car il est temps à son tour de rendre service à son père. Aujourd’hui, le malheureux va être mis en maison de retraite où personne ne lui rendra visite.
Mon fils, si tu lis un jour ce message et s’il n’est pas trop tard, il est temps pour toi de t’occuper de ton père ! Il a tout fait pour toi et ça fait six ans que tu es parti de la maison sans jamais retourner le voir, je sais que des milliers de kilomètres vous séparent mais ton père a besoin de toi !
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Vendredi 14 septembre
« Je n’avais que 22 ans et pour moi tout s’est arrêté, cela n’a pas été mon choix mais celui d’autres personnes.
Sarah, un prénom que mon père avait choisit : c’était celui de sa mère, je pense que c’est la seule chose qu’il ait décidée pour moi.
Petite, j’ai vécu entre trois frères, on peut même dire que j’étais le quatrième garçon car pour se faire une place dans cette fratrie, je devais user de force et de stratégie : foot, basket, karting ont bercé mon enfance. J’étais la seule fille de cette famille depuis que ma mère était partie de la maison pour lancer sa carrière dans la chanson, à part un ou deux disques qu’on a très peu entendus sur les ondes, elle a dû se contenter de petits bars miteux pour chanter en se faisant pincer les fesses, ça lui permettait certainement de survivre, on n’avait que très rarement de ses nouvelles : ça lui arrivait de nous souhaiter nos anniversaires, toujours en retard, mais le geste était quand même là.
Je pensais qu’un jour elle viendrait me chercher pour m’emmener avec elle puisque j’étais la seule fille et bien non, rien ni personne ne viendra, alors je me suis habituée à ces coups, ces gestes de mecs et à vivre dans un milieu de brutes, je devenais également une brute ce qui a fait fuir mon premier petit-amis mais ce n’était pas bien grave : il n’était pas très beau, j’ai juste eu mon dépucelage avec ce type.
L’école commençait à m’ennuyer , à m’énerver : toutes ces fi-filles maquillées en poupées, elles avaient une de ces tronches ! N’empêche qu’elles cachaient bien leurs pustules. Moi, je m’entendais bien avec une seule nana, c’était Leslie. Elle c’était de la bombe ! Pas besoin de fioritures, elle avait un corps qui faisait rêver les mecs et même p’tre pas qu’il y avait que les mec qui la reluquaient ! Moi, j’avais décidé de la prendre sous mon aile : le premier qui s’approchait d’elle, je lui faisais bouffer la terre ! Je l’ai poussée à partir avec moi dans un centre d’apprentissage, elle était du côté des vendeuses de fringues et j’étais juste dans le bâtiment d’à coté en apprentissage de mécanique : moi j’adorais avoir les mains dans le cambouis, j’étais plus rapide que mes frangins pour démonter et remonter un carburateur, ça les foutait en rogne de se faire battre par une meuf !
Au bout des deux ans de cet apprentissage, j’ai eu mon diplôme avec les félicitations des profs, Leslie elle aussi avait eu son diplôme dans la vente, il nous restait plus qu’à trouver du taf alors je lui ai proposé qu’on cohabite ensemble dans un p’tit appart pour avoir moins de frais. J’ai du être très persuasive car elle voulait rentrer chez ses parents car ils lui manquaient puis elle me trouvait un peu trop mec, pas assez féminine alors pour lui faire plaisir j’ai commencé à me maquiller, rien que pour elle ! Elle a finit par céder et on a emménagé dans un superbe appart pas trop cher : la vie de rêve ! Une semaine après, on avait toutes les deux trouvé un job c’était vraiment cool !
Le week-end, on a commencé à sortir en boite pour s’éclater, mais il y avait quelque chose qui m’énervait par dessus tout : c’était tous ces mâles qui lui tournaient autour en plus elle se trémoussait exprès, je lui ai fait plusieurs fois la réflexion mais elle me répondait que j’étais trop coincée, que je devais me lâcher ; c’était juste un jeu pour elle de faire enrager les mecs, c’est vrai que ça marchait bien ! Puis, elle a commencé à me reprocher également mes tenues : jeans, jeans et jeans, il n’y avait rien d’autres que des futes alors pour lui faire plaisir j’ai acheté des jupes courtes, des hauts sexy, elle voulait me mettre en valeur, c’est là que je me suis rendue compte qu’elle devait beaucoup s’intéresser à moi pour s’occuper autant de ma garde-robe, je l’écoutais et j’exécutais ses désirs : c’était ma princesse.
Au nouvel an, on avait organisé une méga fête : l’an 2000 devait être une année pas comme les autres et j’étais bien décidée à me révéler après les douze coups de minuit pour, enfin, avoir la vie comme je la désirais sans tabou et tant pis pour les personnes qui ne comprendraient pas, de toute façon moi, j’avais Leslie et c’était le plus important.
La fête battait son plein, on aguichait tous ces mâles en puissance. Je calmais de temps en temps les ardeurs de Leslie mais elle m’envoyait sur les roses à chaque fois, ça commençait à me gaver, puis elle s’est mise à embrasser ce type, là j’étais en furie j’ai chopé le type par les cheveux et lui ai fait embrasser mes pompes, aussitôt tous les regards se sont posés sur moi . Le type s’est relevé et il s’est barré avec ses deux potes, j’ai pris Leslie par la main pour l’inciter à rentrer et là elle était toute énervée : elle me reprochait de l’étouffer alors je me suis penchée sur elle pour la réconforter et profitais de cette promiscuité pour lui donner mon premier baiser afin de pouvoir lui déclarer mon amour. Sa réaction ne s’était pas fait attendre mais ce n’était pas celle espérée : elle m’a collé une paire de baffes en me traitant de grosse gouine ! Les personnes qui étaient encore là se sont mises à rire à gorge déployée, les sifflements et les insultes ont remplis la pièce en deux secondes.
Moi, je croyais qu’elle partageait les mêmes sentiments que moi, mon cœur venait de voler en éclats et tous ces rires me dégoûtaient, je suis partie en courant. Dehors, les douze coups de minuit sonnaient « Welcome l’an 2000 » et moi qui croyais à une nouvelle vie avec plein de bonheur !
J’ai longé le port en comptant ses douze fameux coups et il y a eu ce sifflement : j’étais suivi par des mecs sans doute en manque de fesses mais ceux-là ne m’étaient pas inconnus : c’était celui qui avait embrassé Leslie, il était avec ses acolytes. Cette fois-ci, je n’avais pas l’intention de me battre : je laisserais les coups pleuvoir, je n’avais plus personne pour qui me battre alors ils ont commencé mais ce ne fut pas des coups de poing, ni des coups de pied, ce fut leur plaisir charnel : les uns après les autres, ils ont assouvi leurs pulsions. Mon regard était braqué sur le mât de ce joli voilier que je devinais dans la nuit, j’attendais que tout soit fini, puis le dernier à me passer dessus m’a rendu le coup de pompe dans la tête, ce qui me projeta directement dans l’eau.
Je n’ai pas ressenti de douleur, ni le froid de l’eau, ce fut juste une vie qui venait de s’échapper.
Mon message sera court : je voulais juste dire à mon père et à mes frères que malgré ce qui a été dit sur mon décès, je ne me suis pas suicidée comme on l’a annoncé : on m’a violée et tuée, même si j’étais désespérée, je ne me serai jamais supprimée, mais je sais que certain porte le poids de la culpabilité et ç’est parfois plus dur que la prison et je suis là pour veiller sur eux ! »
J'ai un message pour vous...Ils sont venus me voir pour vous délivrez leur dernier message.je vous plonge dans l'univers de l'au-delà
Mardi 18 septembre
« Je suis Andi diminutif de Andrew. J’ai hésité longtemps avant de venir vous voir, mes choix ont tellement été compliqués, je ne sais pas si on les comprendra, je vous livrerai mon message mais avant comprenez les décisions que j’ai dû prendre.
Ma famille était installée au sud-ouest de Londres depuis des générations, nous faisions partie de la classe moyenne, dans la famille nous étions agriculteurs de père en fils : tout petit j’ai appris le métier, passionné et attiré par cette nature, je ne me suis jamais posé la question de choisir une autre voie. A vingt ans, j’ai repris l’exploitation de mes parents qui se sont installés dans une petite maison accolée au corps de ferme, puis le pasteur du village m’a présenté la fille d’un habitant qui tenait une exploitation à quelques kilomètres de la mienne, le mariage fut célébré l’année suivante.
Le couple était solide : nous étions proches de nos familles, souvent le dimanche était une journée de rassemblement pour nos deux familles. Ma vie se déroulait dans une belle harmonie, puis sont arrivés les jumeaux, Peter et Gary deux têtes blondes, tout petit, ils étaient déjà attirés par la nature et vers quatre ans ils ont commencé à vouloir m’aider sur l’exploitation. Nous avons eu du plaisir à les voir essayer d’attraper les poules, ils n’avaient peur de rien mes petits gars. Puis il y a eu l’arrivé de Paty, une petite rouquine toute timide, l’opposée de ses frères.
L’exploitation représentait énormément de travail, je n’avais aucun ouvrier car les temps étaient durs pour l’agriculture, mon père essayait de venir m’aider mais l’âge limitait ses actions et puis ma femme avait déjà beaucoup de travail avec les petits et la maison à entretenir alors, sans plainte, je travaillais dès l’aube et je finissais tard le soir, il n’y avait pas d’autre solution.
Un hiver, Paty tomba malade, le médecin nous avait demandé de la conduire à l’hôpital, elle est restée trois semaines et puis son état s’était amélioré, nous étions rassurés pour sa santé mais les frais de cette hospitalisation nous avaient coûté beaucoup d’argent. Je devais travailler encore un peu plus pour rentabiliser au maximum l’exploitation, les mois passèrent et à la fin de l’été suivant le sort s’est acharné encore sur nous : les récoltes furent ravagées par les flammes. J’étais désespéré, nous n’avions pas besoin de cette tragédie : notre situation venait à peine de se stabiliser et là tout était parti en fumée.
C’était un nouveau coup de massue, j’ai été sonné pendant quelques jours, puis j’ai repris le dessus et j’ai retroussé mes manches, je me suis mis à travailler chaque jour jusqu'à épuisement. Mes efforts avaient été récompensés : nous avions pu rembourser le prêt de la banque qu’on avait dû contracter quand la récolte avait brûlée afin de nourrir notre bétail mais enfin nous étions sortis de la tourmente mais cela ne voulait pas dire moins de travail bien au contraire je ne devais surtout pas relâcher mes efforts.
Puis, il y a eu cette petite douleur, infime petite douleur, je n’ai pas compris pourquoi j’avais prêté attention à une si petite déficience de mon organisme ? N’empêche qu’elle est revenue tous les jours, bien-sûr, je n’allais pas inquiéter qui que ce soit, cela était dû au dur travail que je demandais à mon corps.
Les semaines passèrent et les douleurs se sont accompagnées de sifflements, je me suis dit que cela était dû aux machines bruyantes que j’utilisais dans l’exploitation et je ne pouvais que m’en prendre à moi-même car je ne mettais pas de protections auditives.
C’est un matin en m’habillant que j’ai aperçue la pâle image que je laissais paraître dans le miroir : un homme aux joues creuses, amaigries, des yeux globuleux. Comment j’ai pu ne pas me rendre compte de la dégénérescence de mon corps ? Personne ne m’avait fait la remarque, sans doute avait-on peur de me faire du mal, malgré tout je devais retourner à la tâche, l’argent devait continuer à rentrer : depuis quelques mois nous avions pu commencer à placer de l’argent, c’était le fruit d’un travail acharné, puis un soir d’octobre, elles sont arrivées : de fortes migraines. Ce n’était pas constant juste une ou deux fois par jour mais pendant plus de dix minutes je ne pouvais plus bouger, j’avais décidé encore une fois de ne rien dire, de dissimuler ce mal qui s’était installé en moi.
En faisant une livraison dans une ville voisine, je m’étais décidé de m’arrêter à l’hôpital pour me faire ausculté, après une heure d’attente et plusieurs examens le médecin me demanda de revenir dans trois jours pour avoir les résultats complets. En attendant, il me préconisa de rester au calme et d’éviter tout effort physique.
Il était drôle le médecin ! Qui allait faire le travail à la ferme ? Je ne pouvais en aucun cas m’arrêter, je devais continuer à garnir nos économies, au moins pour que nos enfants puissent faire des études.
Trois jours plus tard, le diagnostic tomba : j’étais atteint d’une tumeur au cerveau. Le médecin m’expliqua qu’une intervention était possible mais la tumeur s’était déjà installée depuis trop longtemps et que des lésions irréversibles étaient à prévoir. Il fallait même envisager une fin plus tragique. A l’annonce de son verdict, j’avais l’impression de me retrouver sur le banc des accusés et que le juge lui annonçait sa peine.
Je ne devais pas me laisser abattre, je devais trouver une solution, la bonne solution.
Je n’avais pas fermé l’œil de la nuit suivante. La solution, je l’avais et même si j’essayais de me convaincre de ne pas la mettre en application, je n’avais guère d’autre choix, je ne pouvais pas prendre toutes nos économies, repartir à zéro rien que pour une opération et puis, comme l’avait dit le médecin, il n’y avait aucune garantie pour le résultat. Je ne voulais pas mettre cet argent durement gagné par la fenêtre, il était prévu pour mes petits, donc sans rien dire je mettrai mon plan à exécution dès le levé du soleil, je ne devais surtout pas attendre, éviter toute panique ce qui pourrait me faire reculer.
Il devait être quatre heures du matin, sans bruit, je me suis extirpé du lit discrètement, pris les quelques affaires que j’avais préparées, puis jeter pour la dernière fois un regard sur ma tendre épouse. Arrivé dans le couloir, j’ai poussé la porte de la chambre des garçons puis je suis resté quelques minutes à les regarder dormir, je voulais bien imprégner leur images dans le peu de cerveau encore en fonction et j’ai fini par la chambre de la petite, une petite poupée blottie contre son petit ours en peluche. Les larmes glissaient sur mes joues mais il était temps de franchir le seuil de cette maison. Dehors, il faisait encore bien sombre mais l’aube n’allait pas tarder, je devais fuir avant que la vie ne s’éveille en ces lieux.
J’ai marché pendant plusieurs kilomètres et j’ai fait du stop pour me rendre à Londres et à la gare j’ai pris un billet pour la France.
Je devais trouver un endroit où personne ne pourrait me déranger, me poser des questions. C’est au pied des montagnes que j’ai trouvé refuge. Pas beaucoup de monde venait à cette endroit à cet période de l’année, juste avant que la maladie ne m’emporte, j’étais rassuré et persuadé d’avoir fait le bon choix.
Tout se passa très vite.
Le corps d’un homme non identifié, avait été retrouvé plusieurs mois après sa mort dans un lieux retranché où il y avait que très rarement de passage.
Vous savez, je peux vous avouer que je me suis trompé, je n’ai pas fait le bon choix : j’ai vu ce qui est arrivé à ma famille et vraiment j’étais loin d’imaginer que ça se passerait comme cela ! Après ma disparition, tout le monde a cru à une fuite pour une autre femme sans doute à cause de mes derniers déplacements à la ville voisine (personne ne savait que je me rendais à l’hôpital), ma femme avait dû vendre la ferme car personne ne voulait venir y travailler. Quelque mois plus tard, elle est venue me rejoindre et à cause de moi nos enfants aujourd’hui sont seuls, chacun dans une famille différente. Tout ce gâchis à cause d’un mauvais choix !
J’ai déjà eu le pardon de ma femme, mais pour mes enfants, je n’ai qu’un seul mot pour ce message : PARDON. Votre papa.»